Droits. Justice. Action.
Le thème principal retenu par l’Organisation des Nations unies, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2026, est : « Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles. » Ce thème vise à accélérer l’égalité en exigeant des systèmes juridiques équitables et l’élimination des obstacles structurels qui entravent l’exercice effectif des droits des femmes.
Dans cet article, nous nous focaliserons sur la situation des femmes issues de la diaspora subsaharienne en Belgique.
Une étude récente (octobre 2025) de la Fondation Roi Baudouin souligne que La Belgique compte aujourd’hui environ 450 000 personnes originaires d’Afrique subsaharienne, soit près de 100 000 de plus qu’en 2016. Elles constituent l’un des groupes les plus importants issus de l’immigration hors Union européenne. Malgré cette présence significative, ces personnes restent souvent sous-représentées et insuffisamment connues au sein de la société belge. Plusieurs autres études mettent également en lumière des discriminations systémiques dont sont victimes les personnes issues de la diaspora. Cependant, Les femmes, quant à elles, cumulent différentes formes de discrimination (genre, origine, couleur de peau…). Ces discriminations se manifestent dans tous les secteurs de la vie sociale : logement, emploi, stages, accès aux structures d’accueil, etc.

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Des réformes qui aggravent les inégalités
Dans le contexte des réformes du gouvernement, les défis à relever pour les femmes migrantes sont considérables. Ces réformes semblent renforcer des discriminations pourtant dénoncées de longue date. Et pourtant, le principe de non-discrimination est un pilier fondamental d’un État de droit.
Dans ce contexte, le thème de la Journée internationale des droits des femmes nous amène à interroger l’effectivité de l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui garantit le droit à la non-discrimination dans la jouissance des droits reconnus par la Convention. Il en est de même des articles 10 et 11 de la Constitution qui consacrent l’égalité de tous les Belges devant la loi.
Notre objectif est double : sensibiliser à cette problématique et interpeller les pouvoirs publics sur leur obligation de garantir un droit réellement égalitaire pour tous. Une loi générale qui ne tient pas compte des discriminations structurelles est une loi injuste. Adopter des mesures uniformes sans considérer les catégories de populations qui subissent des inégalités structurelles peut constituer, en soi, une discrimination indirecte.
Les femmes issues de l’immigration sont souvent perçues comme responsables de leur situation professionnelle, alors même qu’elles cherchent activement à accéder au marché de l’emploi. On préconise souvent la formation comme solution. Pourtant, plusieurs études démontrent que les discriminations persistent, y compris chez les personnes hautement qualifiées, notamment lors du recrutement pour des postes à responsabilité. Les secteurs où les femmes d’origine étrangère sont surreprésentées restent ceux de l’aide à la personne ou du nettoyage.
Contestations juridiques en cours
Selon des informations relayées par la RTBF, les trois organisations syndicales, la Ligue des droits humains, Vie féminine et Solidaris ont introduit, le 9 janvier 2026, devant la Cour constitutionnelle de Belgique, une requête en annulation et en suspension des mesures transitoires de la réforme du chômage, ainsi que contre la limitation dans le temps des allocations. Ces organisations dénoncent : « Une offensive sans précédent contre l’un des socles de la sécurité sociale belge. » Selon elles, ces mesures excluent les personnes les plus fragilisées de la société — parmi lesquelles les personnes d’origine étrangère, qui sont surreprésentées dans le chômage de longue durée.
Par ailleurs, l’Union des villes et des communes de Wallonie et la fédération des CPAS bruxellois ont adressé un avis à la ministre de l’Asile et de l’Immigration concernant un avant-projet de loi modifiant la loi organique des CPAS, la loi DIS et la loi Accueil. Parmi les mesures envisagées :
- Suppression de l’aide financière pendant la procédure d’asile (hébergement et nourriture uniquement).
- Conditionnement des droits des réfugiés à un parcours d’insertion.
- Délai de cinq ans de résidence pour les personnes arrivées par regroupement familial avant de pouvoir solliciter l’aide du CPAS.
Ces mesures risquent de placer de nombreuses femmes dans une situation de précarité extrême, de dépendance économique et de vulnérabilité accrue face à l’exploitation. Certaines pourraient être contraintes de recourir à des stratégies de survie (travail informel, prostitution…).
Des actions positives plutôt que des restrictions
Pour résorber les discriminations structurelles, le gouvernement devrait privilégier des mesures d’action positive. Ces mesures, parfois appelées « discrimination positive », visent à garantir une égalité réelle des chances pour les groupes fragilisés. Il ne s’agit pas de créer de nouveaux droits spécifiques, mais d’alléger les conditions d’accès à certains dispositifs.
Prenons l’exemple des femmes arrivées en Belgique par regroupement familial. À leur arrivée, elles n’ont généralement pas accès au revenu d’intégration sociale puisque le regroupant doit justifier de revenus suffisants. Or, ces femmes ne bénéficient souvent d’aucun soutien spécifique à l’emploi. Une mesure d’action positive pourrait consister, par exemple, à faciliter leur accès aux dispositifs prévus à l’article 60, § 7, de la loi organique des CPAS, afin de leur permettre d’acquérir une expérience professionnelle et de devenir financièrement autonomes. L’autonomie économique constitue un levier essentiel de prévention des violences conjugales, souvent liées à la dépendance financière. Des mesures spécifiques pourraient également soutenir l’entrepreneuriat féminin issu de l’immigration.

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Le secteur associatif : un levier sous-exploité
En Belgique, le secteur associatif représente un important pourvoyeur d’emplois. Selon les données de la Banque nationale de Belgique, il représente 12,6 % de l’emploi salarié total. Cependant, faute de réseau et de soutien structurel, les organisations créées par des personnes d’origine étrangère peinent à accéder aux subventions pluriannuelles nécessaires à leur stabilité. Face à cette situation, le gouvernement devrait :
- Alléger les conditions d’accès aux subventions pluriannuelles.
- Mettre en place des mécanismes d’accompagnement afin que ces structures soient des actrices à part entière du marché de l’emploi,
Si nous sommes parfois perçues comme un problème, nous pouvons aussi être une partie de la solution.
De l’égalité formelle à l’égalité réelle
Le thème de l’ONU nous invite à dépasser l’égalité proclamée pour examiner l’égalité vécue. La Belgique devrait mobiliser tous les outils à sa disposition, prévus par le droit belge, le droit européen et international, pour que l’égalité des femmes, quelle que soit leur origine, ne soit plus une simple déclaration mais un droit effectif.
À l’heure où l’État belge redéfinit son équilibre budgétaire, une attention particulière devrait être portée à la situation des femmes de la diaspora subsaharienne, qui, très souvent, ne sont pas responsables de leur précarité. C’est une question d’équité et de justice sociale.
Isabelle BAGUMA

