La CAN

Les origines de nos participants

Comme on aurait pu s’y attendre, les Congolais représentaient une petite majorité, suivis par les Camerounais, les Burundais, les Marocains, les Ivoiriens, les ressortissants de Guinée ainsi que ceux de la Guinée-Bissau. D’autres ont simplement répondu qu’ils étaient Belges.

Une jeunesse mobilisée

Sur les 32 répondants, majoritairement des garçons, âgés de 15 à 18 ans, près de neuf sur dix déclarent avoir suivi la dernière CAN. Le niveau d’intérêt exprimé est globalement élevé : beaucoup se disent « intéressés » ou « très intéressés » par la compétition.

Ce premier constat confirme que la CAN demeure un rendez-vous important pour les fans de foot africains. Bien plus qu’un simple tournoi, elle constitue un moment de connexion avec le continent, les racines et l’actualité africaine.

Fierté nationale et sentiment d’appartenance

À la question de savoir si la CAN renforce le sentiment d’appartenance au pays d’origine, la moitié des répondants répondent clairement que « oui », tandis que d’autres se montrent plus nuancés. Selon les participants, les raisons évoquées sont souvent liées à la compétition avec les autres pays africains et au sentiment de fierté de voir son équipe gagner. Il y a aussi les notions de rassemblement sous une même bannière, de fraternité, de partage d’émotions et de culture.

« C’est pas tous les jours qu’on peut voir des africains réunis pour une seule raison, le foot. On est souvent réunis pour parler politique mais pour une fois c’est fun. »

Un vecteur de cohésion… surtout par le dialogue

La majorité des participants estiment que la CAN favorise la cohésion sociale, au moins dans une certaine mesure. Toutefois, cette cohésion semble s’exprimer principalement à travers les échanges : discussions, débats, analyses des matchs, partages sur les réseaux sociaux.

La compétition crée du lien, alimente les conversations à l’école, en famille ou entre amis. Même lorsque les équipes sont adversaires, le football permet quand même de se rassembler autour d’un même sujet.

Certains soulignent néanmoins que l’esprit de compétition peut parfois créer des tensions, notamment entre jeunes de nationalités différentes. La cohésion est donc davantage renforcée au sein des groupes de même nationalité.

Des amitiés limitées mais des moments partagés

Nous nous sommes aussi demandé si les participants avaient peut-être pu nouer des amitiés grâce à une expérience liée à la CAN, mais peu d’entre eux affirment en avoir fait.

Cela montre que la CAN agit davantage comme un « consolidant » social que comme un déclencheur de nouvelles relations. Elle consolide l’existant plus qu’elle ne transforme les réseaux sociaux des jeunes. Toutefois, quelques-uns de nos répondants ont eu une expérience positive à nous partager :

« Un jour, j’ai posté une story sur la CAN et un ami d’un de mes amis a répondu, et de là nous avons eu un énorme débat qui s’est transformé en discussion sur d’autres sujets et depuis on arrête pas de se parler. »

« Pendant le blocus², la RDC jouait, nous avons pris le temps de regarder le match en étant à la bibliothèque. Nous étions environ 7 jeunes et ça nous a permis de faire une pause dans notre étude et de pouvoir rigoler avec les gens. (On ne se connaissait pas tous mais la CAN nous a rassemblés.) »

Une couverture médiatique jugée correcte, mais perfectible

La couverture médiatique est majoritairement évaluée comme « bonne ». Plusieurs jeunes notent un meilleur accès aux médias africains et aux retransmissions qu’avant.

Cependant, certains pointent une visibilité encore insuffisante en Belgique, en comparaison avec les grandes compétitions européennes. Cette perception souligne un enjeu important : la reconnaissance médiatique des événements sportifs africains dans l’espace occidental.

« J’en ai beaucoup entendu parler sur Tiktok3, mais c’étaient les supporters qui postaient leurs réactions, etc. Je pense que l’on aurait dû plus en parler sur les grands médias européens car bcp de leurs équipes pêchent des joueurs en Afrique. »

La CAN, plus qu’un tournoi

Au-delà des quelques réponses que nous avons récoltées, cette enquête révèle que pour les jeunes de la diaspora, la CAN peut globalement être considérée comme un moment d’affirmation identitaire, de fierté et de partage.

Dans un contexte où les jeunes naviguent entre plusieurs cultures, la compétition joue un rôle symbolique essentiel. Elle rappelle les racines, valorise les talents africains et offre un espace d’expression collective.

La CAN n’est donc pas seulement un événement sportif. Elle est un rendez-vous émotionnel, culturel et social ; un moment où, le temps d’un match, la diaspora d’Afrique bat au rythme du continent.

Inès Kabwit Njimbu , étudiante à l’UCL
Pour Sauti Yetu

1 Story : courte publication photo ou vidéo expirant 24h après sa mise en ligne sur les réseaux sociaux comme Instagram et Facebook.
2 Blocus : nom communément utilisé en Belgique pour désigner une période d’étude intensive avant les examens en études supérieures.
3 Tiktok : Réseau social