Bukavu et ses défis environnementaux:

La participation de la diaspora comme levier de solution à travers le projet «Mazingira Act»

Nichée entre les collines verdoyantes et les eaux autrefois cristallines du lac Kivu, la ville de Bukavu traverse une crise environnementale sans précédent. Urbanisation anarchique, gestion défaillante des déchets et érosion des sols menacent l’écosystème urbain. Pourtant, face à ce tableau sombre, une lueur d’espoir émerge de la collaboration transcontinentale. Le projet « Mazingira Act », fruit d’une alliance stratégique entre l’expertise locale de l’ASBL Vijana Shujaa et l’engagement de la diaspora congolaise de Belgique via l’APEDF ASBL, redéfinit les contours de la résilience environnementale.

[@Photo générée par I.A.]

Un diagnostic alarmant pour la “Ville Verte”

Bukavu ne porte plus que le souvenir de son surnom de « ville verte ». Aujourd’hui, la saturation des décharges sauvages et l’obstruction des collecteurs d’eau par les plastiques provoquent des inondations récurrentes et des catastrophes humaines. C’est dans ce contexte d’urgence que le projet Mazingira Act a été conçu.

Loin des solutions imposées d’en haut, ce projet est né d’un constat partagé : la solution ne peut être que collective, impliquant à la fois ceux qui vivent sur place et ceux qui, depuis l’extérieur, souhaitent contribuer au relèvement de leur terre d’origine.

L’originalité de Mazingira Act réside dans son modèle opérationnel. L’APEDF ASBL (Actions pour la Promotion de l’Éducation et les Droits Fondamentaux (APEDF ASBL), basée en Belgique, n’est pas intervenue en simple donateur passif. Elle a compris que pour réussir, il fallait s’appuyer sur une expertise de terrain solide.

En s’associant à Vijana Shujaa ASBL, une organisation de jeunes leaders locaux, l’APEDF a injecté des ressources et une expérience organisationnelle européenne dans un terreau de connaissances locales approfondies. Ce transfert de compétences bidirectionnel a permis de transformer des idées théoriques en actions concrètes. L’APEDF a apporté l’effort à l’expérience existante de Vijana Shujaa, créant une synergie capable de mobiliser les communautés.

Mazingira Act : Des solutions multidimensionnelles

Le projet Mazingira Act a proposé une approche triple de solotions pour contribuer aux efforts déjà fournis pour asainir la ville de bukavu dont l’intervention a bénéficié de l’appui financier de la Fédération Wallonie-Bruxelles International (WBI), dans le cadre de son édition 2024 du programme de « cofinancement de projets d’éducation à la citoyenneté mondiale et aux objectifs de développement durable ». Introduit par une dynamique soutenue de renforcement des capacités techniques et pédagogiques des acteurs clés du projet. À travers une série de cycles de formations thématiques, le projet Mazingira a investi dans le capital humain pour garantir non seulement l’efficacité opérationnelle de ses interventions de terrain, mais aussi la qualité du message éducatif porté auprès des jeunes et de la communauté. Au total, cinq sessions majeures ont été structurées autour de deux axes principaux : l’action civique environnementale et l’excellence pédagogique en milieu scolaire.

  1. Première solution : sensibilisation parascolaire, qui a été proposé dans le paquet d’activités du projet « pour favoriser l’émergence d’une conscience environnementale dès le plus jeune âge », le projet Mazingira Act a déployé un programme de sensibilisation intensive au sein de trois établissements scolaires sélectionnés. En ciblant une école par commune dans les zones urbano-rurales.Ces séances se sont étalée sur une période de sept mois, de mai à novembre 2025. La stratégie d’intervention reposait sur un modèle de transmission en cascade. Suite à la formation des moniteurs éducatifs, un manuel de sensibilisation spécialisé a été conçu, illustré et imprimé. Ce support didactique a été distribué aux moniteurs, aux enseignants, puis aux élèves, servant de socle de référence pour les bonnes pratiques environnementales à l’issue desquelles les Clubs Éco-citoyens Mazingira ont été créés dans chaque établissement pour servir de cadre aux élèves même après projet pour approfondir les discussions et organiser des activités de manière autonome.
  2. Deuxième solution : Production et diffusion d’émissions radio de sensibilisation, le projet a déployé une stratégie de communication de proximité à travers une émission radiophonique intitulée « Vijana na 5 Mazingira » (La Jeunesse et l’Environnement). Diffusée sur les ondes de la radio locale Jambo FM (92.0 MHz), cette émission qui abordait des thématiques particulières telles que la gestion des déchets, le rôle des jeunes dans l’éco-citoyenneté et la lutte contre les pollutions urbaines, avec la participation d’experts et d’acteurs de terrain a servie de tribune pour sensibiliser la population de Bukavu, et plus spécifiquement la jeunesse, aux valeurs du civisme responsable et à l’urgence de la protection de l’environnement.
  3. Troisième solution : Action de nettoyage, des actions régulières ont été entreprises pour assainir les espaces publics. Ces interventions visaient non seulement la salubrité environnementale, mais aussi l’implication active des communautés locales compseée en majorité par les jeunes pour une appropriation durable des solutions d’hygiène. Afin de pérenniser ces actions de salubrité, la « Brigade d’Actions Civiques », a été créée, formée et équipée par le projet spécifiquement pour ces missions. Elle est composée de 30 jeunes bénévoles engagés, répartis à raison de 10 jeunes par commune (Ibanda, Kadutu, Bagira), avec une représentation de 15 Filles et 15 Garçons.

[@Photo générée par I.A.]

Les premiers rapports du projet font état de résultats encourageants entre autres :

  • la collaboration entre les jeunes bénévoles, les chefs d’avenues et les Comités Locaux de Développement (CLD) a recréé un lien de confiance entre la jeunesse et les autorités locales et la régularité des actions (chaque samedi) a servi de plaidoyer visuel, incitant les résidents à adopter des comportements plus responsables en matière de gestion de leurs propres déchets.
  • En offrant un micro à la jeunesse, l’émission a renforcé leur responsabilité vis-à-vis de leur patrimoine commun et a Influencé sur les comportements des autorités locales créant ainsi un pont entre les doléances de la population et les acteurs du changement.
  • Nous observons que l’élève devient un vecteur de changement au sein de son propre foyer. Les témoignages recueillis indiquent que les enfants partagent les bonnes pratiques apprises dans les clubs (gestion des déchets, hygiène, protection de la biodiversité) avec leurs parents et leur voisinage, étendant ainsi l’influence du projet Mazingira Act de l’école vers les quartiers de Bukavu.

” l’APEDF ASBL est active à Bukavu, depuis 2009 où elle collabore principalement avec des établissements scolaires. Parmi les expériences les plus enrichissantes, celle avec une ASBL locale se distingue particulièrement. « Cette collaboration nous a permis d’explorer de nouvelles façons d’aider notre communauté et, plus largement, notre pays. ”

Isabelle Baguma, administratrice de l’APEDF ASBL, souligne l’importance de travailler avec des organisations locales pour mener à bien des projets de développement. “Je conseillerais vivement aux autres organisations de privilégier cette approche plutôt que de créer de nouvelles structures sur place. Collaborer avec une organisation locale est à la fois efficient et efficace,” explique-t-elle.

Elle précise que cette méthode permet de réduire les coûts, tant administratifs que financiers, en s’appuyant sur des ressources existantes et en évitant les lourdeurs administratives liées à la création d’une nouvelle entité. De plus, elle met en avant l’expertise locale : “Ceux qui sont sur place connaissent les problèmes auxquels ils font face ainsi que les solutions à y apporter. Notre rôle est de les accompagner dans l’atteinte de leurs objectifs, sans imposer des solutions toutes faites qui ne seraient pas adaptées à leur réalité.”

Musimwa Daniella, chargée des programmes de l’ASBL Vijana Shujaa, partage également son expérience. “Le projet était trop particulier pour nous. Bien que nous soyons habitués aux actions de sensibilisation, ces ateliers de revalorisation avec les élèves et les actions de nettoyage des espaces publics ont été particulièrement passionnants,” témoigne-t-elle. Elle se dit comblée d’avoir pu contribuer aux défis environnementaux que traverse leur entité, comme en témoignent les résultats obtenus.

Daniella évoque également la qualité de la collaboration avec l’organisation partenaire : “Coger un projet de développement à distance n’est pas facile, mais nous n’avons pas eu l’impression de travailler avec une organisation de la diaspora. La proximité ressentie était telle que l’on aurait dit que nous étions dans la même pièce.” Elle conclut en affirmant que cette expérience représente une opportunité précieuse pour aider les organisations locales à se développer et à atteindre un niveau supérieur.

Héritier MUTIMANWA